dimanche 4 mars 2018

Dans l'ombre

La première fois que j'ai découvert Indridason, c'était au travers de son roman La Rivière noire, qui m'avait, disons-le, franchement déçu. Lorsque je peux anticiper la fin d'un polar, je ferme toujours le livre triste - oui, j'aime être embrouillée jusqu'au bout. Ne voulant pas rester sur une mauvaise impression, j'ai choisi d'entamer le premier tome de sa Trilogie de l'ombre. Et je ne l'ai pas regretté.

Islande, 1941. En pleine seconde guerre mondiale, les soldats américains ont élu domicile sur l'île. De cette nouvelle cohabitation naissent des relations. Pour le meilleur, comme pour le pire. Un représentant commercial est retrouvé mort chez lui, d'une balle US dans la tête. Sur son front, une croix gammée a également été gravée. Flovent, enquêteur de la police criminelle islandaise, va s'associer à Thorson, né au Canada et bilingue. Les pistes semblent nombreuses quand on sait que sa femme entretenait également une relation avec un soldat...

Indridason joue sur la multitude des possibles. Il brouille les pistes avec habileté puisqu'on ne sait jamais sur quel pied danser. Histoire de cœur ? Meurtre politique ? Les meurtriers potentiels s'enchaînent, et nous font tomber dans le panneau à chaque fois. L'enquête est bien menée par ces deux policiers, dont un ex-stagiaire qui tente tant bien que mal de faire sa place. Seul petit bémol, le nombre de fois où certains sont interrogés avant de lâcher des infos importantes - dur de leur faire cracher le morceau et un poil rageant pour le lecteur impuissant. Mais ça montre à quel point on se prend au jeu dans cette histoire. 

L'histoire reste assez classique, mais dans le bons sens du terme. Elle permet de s'imprégner d'une époque historique qu'on connaît surtout du point de vue français. On perçoit la seconde guerre mondiale sous un autre angle. L'ombre du nazisme plane également sur cette île qui paraît pourtant éloignée du conflit principal. Tout un pan se dévoile à nous, notamment ces femmes "dans la situation" qui fréquentaient des soldats américains. Je ressors de cette lecture en ayant lu un bon polar, mais également enrichie d'éléments historiques que je ne soupçonnais pas auparavant.

Tuez-les tous... mais pas ici

Ancien commandant de police, Pierre Pouchairet poursuit sa lutte contre le crime... à travers l'écriture ! Prix Quai des Orfèvres pour Mortels Trafics, son nouveau roman Tuez-les tous...mais pas ici est paru en janvier dernier.

Julie Loubriac, 17 ans, a disparu. Louis et son ex-femme Martine vont alors unir leurs forces pour la retrouver. En tant qu'ancien flic, Louis a gardé quelques contacts qui lui permettent d'explorer une piste. Par amour, Julie aurait-elle suivi son petit ami sur les chemins qui mènent en Syrie ? Alors qu'une autre jeune fille embarque à l'aéroport pour la même destination, Louis va la suivre, et tenter de découvrir ce qui est arrivé à Julie.

Thématique clairement ancrée dans l'actualité, et traitée par quelqu'un du terrain. A travers les lignes de ce roman, on sent le vécu, ce qui donne une vraie légitimité au récit. Ayant déjà passé quelques jours à Istanbul, j'ai apprécié de voyager à nouveau dans cette ville cosmopolite. L'auteur connaît le milieu sur le bout des doigts, et c'est vraiment appréciable d'avoir l'impression d'être dans le réel, le vrai. A contrario, on l'est parfois un peu trop, et le style très direct m'a parfois laissé de marbre. Sans tomber dans des descriptions élaborées qui ne se prêtent peut-être pas très bien au polar, j'aurais aimé que les personnages m'apparaissent sans qu'on ne les compare à tel acteur ou tel personnage politique. C'est le genre de petite maladresse d'écriture qui me bloque.

Au-delà du style qui ne m'a convaincu qu'à moitié, le roman présente un réel déséquilibre. C'est un pavé - on parle quand même de presque 500 pages - qu'on peut scinder en plusieurs parties. La première partie présente bien trop de longueurs. Je me suis accrochée, mais comme un sitcom moyen dont on a quand même envie de connaître la fin. Me persuadant de laisser une chance à ce roman. Mais des fois, t'as beau insisté, ça colle pas. La révélation finale reste tout de même intéressante, et c'est une hypothèse que je n'avais pas envisagé. 

Un roman que je termine mitigée. Pas si catastrophique, mais qui ne m'a pas vraiment emballé. Cela dit, il mériterait d'être retravaillé car la théorie centrale est très bien trouvée !